Voyager hors saison est surestimé quand la moitié des villages est fermée

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Le vent poussait les chaises vides devant le Café de la Jetée, à Collioure, et le mot hors saison a pris un goût plus sec que prévu. Les volets étaient mi-clos, le trottoir humide, et trois menus plastifiés avaient disparu de la porte. Je suis parti avec l’idée d’un séjour calme et bon marché, puis j’ai vite vu le revers. Pour ma part, j’ai appris à regarder ces détails avant de juger, et je vais préciser pour qui Collioure fonctionne, et pour qui le séjour devient décevant.

Pourquoi j’avais envie d’essayer le hors saison pour changer de rythme

Je suis parti avec ma compagne pour trois nuits, avec l’idée de couper sans me ruiner. À 53 ans, je supporte mal les quais chargés, les terrasses serrées et les journées où je dois jouer des coudes pour un café. Mes deux enfants adultes me taquinent là-dessus, et ils n’ont pas tort. Quand je voyage, je cherche un rythme plus lent, pas une succession de files d’attente.

Je pensais y gagner sur trois fronts. Une chambre à 47 euros, moins de monde, et des hôtes plus disponibles au moment du check-in. Avec le temps, j’ai appris, au fil de plusieurs séjours, que les périodes creuses laissent plus de place aux gestes simples, au marché du matin et à une vraie conversation au comptoir. J’étais déjà convaincu que cette formule pouvait me convenir.

J’avais aussi écarté l’été classique, trop cher et trop bruyant pour mon goût. Je n’avais pas envie non plus d’une ville, même belle, parce que j’avais envie de mer et de marches courtes. Chez des proches, j’aurais eu du confort, mais pas cette sensation d’être à l’écart du tumulte. Le hors saison me semblait donc la bonne voie pour respirer sans partir loin.

Le jour où ça m’a échappé

En arrivant en début d’après-midi, j’ai été frappé par le silence. Trois volets étaient fermés d’un coup sur la même façade, la terrasse du restaurant était retournée, et le village donnait une impression de pause nette. J’ai vu des tables empilées, des menus retirés, et une vitrine couverte d’un journal à l’intérieur. Le port, plus bas, faisait un bruit sec, avec les mâts qui grinçaient et les quais vides.

La boulangerie fermait ses portes dès 10 h 30, bien avant que j’aie pu prendre un vrai petit-déjeuner, ce qui a immédiatement compliqué la logistique de la journée. Le musée restait clos le lundi, le café du coin ne servait plus qu’à midi, et l’épicerie affichait des horaires d’hiver à l’extérieur avec un service amputé à l’intérieur. J’avais gardé en tête les horaires d’été, et j’ai découvert un mot manuscrit sur la porte d’un commerce: ‘réouverture au printemps’. Je me suis retrouvé à chercher un plat simple alors que tout ce petit monde passait déjà en mode veille.

Le plus pénible, c’est que chaque sortie demandait un détour. Le parking gratuit était à 3 km du centre, et la navette saisonnière ne roulait plus. J’ai dû reprendre la voiture pour tout, même pour acheter du pain et un peu de fromage. En venant de Perpignan, j’ai aussi mesuré à quel point la logistique pouvait peser plus que la distance. Avec ma compagne, on s’est vite mis à compter les allers-retours, pas les visites.

Le mardi soir a fini de me faire douter. Après avoir tourné en rond dans le village déserté, j’ai fini par faire 30 minutes de voiture pour trouver un restaurant ouvert. Le panneau indiquait complet, mais la salle n’était qu’à moitié remplie. Pas terrible. Vraiment pas terrible. J’ai compris, à ce moment-là, que le problème n’était pas le calme, mais l’absence d’options.

Ce qui a sauvé mon séjour et ce que j’ai appris à gérer

J’ai malgré tout trouvé des raisons de ne pas jeter ce séjour. Le logement a coûté moins cher que prévu, et j’ai même eu un surclassement sur la chambre côté mer. À l’ouverture du matin, le musée et la vieille ville étaient presque vides, avec encore une lumière douce sur les pavés mouillés. J’ai été convaincu par ce contraste, parce qu’il a donné du relief à des lieux que j’aurais traversés plus vite en haute saison.

À partir de là, j’ai changé ma manière de faire. J’ai réservé seulement le logement, puis j’ai préparé chaque repas à l’avance en repérant les jours de fermeture et les horaires d’hiver. J’ai aussi réservé deux dîners dès le matin, ce qui m’a évité de courir au dernier moment. Mon réflexe est devenu simple: je vérifie les heures avant chaque sortie, puis j’accepte de rouler plus.

L’hébergement lui-même tournait en mode réduit. Le petit-déjeuner tenait sur une table courte, avec du pain, du café et une confiture, rien . Le ménage n’était pas quotidien, et l’accueil se faisait sur un créneau précis, sans marge. Ça a marché pour moi, mais j’ai compris que ce confort plus léger ne plairait pas à tout le monde.

Avec mes deux enfants adultes, je garde la même règle quand ils passent une nuit avec nous: une réserve de pain, de fruit et de quoi grignoter. Ici, cette habitude m’a évité plusieurs sorties inutiles. J’ai aussi gardé quelques jeux de cartes dans le sac, parce qu’un soir sans restaurant ouvert peut vite sembler long quand la lumière tombe tôt. Ce genre d’organisation paraît banal, mais c’est elle qui a sauvé le rythme du séjour.

Pour qui ce type de voyage vaut le coup, et pour qui je dois vraiment passer son tour

Pour qui oui

Je le vois bien pour un couple sans enfant qui roule en voiture et qui accepte un budget logement serré autour de 47 euros la nuit. C’est aussi un bon choix pour un voyageur solo qui aime marcher le matin, rentrer tôt et préparer ses repas sans attendre un service tardif. Un lecteur qui cherche trois nuits de calme, des rues vides à l’aube et un rythme souple y trouvera son compte. À force, j’ai appris que ce profil supporte très bien les horaires réduits.

Pour qui non

Je le déconseille aux familles avec jeunes enfants, aux voyageurs sans véhicule, et à ceux qui veulent improviser chaque dîner. Je le déconseille aussi à quelqu’un qui compte sur une boulangerie ouverte après 10 h 30, sur un musée le lundi, ou sur une navette de village pour tout faire à pied. Si tu veux un séjour simple, sans coche à vérifier, le hors saison dans un bourg côtier comme Collioure devient vite fatigant. Le calme ne compense pas la fermeture en chaîne.

Pour ces profils, je regarde plutôt une ville moyenne ou un bourg vivant toute l’année, où les commerces ne passent pas tous en veille d’un coup. J’ai aussi de meilleurs souvenirs sur des périodes moins extrêmes, juste avant ou juste après le creux, quand la lumière reste douce et que le repas du soir ne tourne pas à la chasse. Ce choix garde un peu de marge, sans perdre l’intérêt du voyage lent.

Mon verdict : à Collioure, le hors saison reste intéressant pour quelqu’un qui accepte de réserver ses dîners, de vérifier les horaires d’hiver et de rouler 30 minutes pour un repas simple. Pour quelqu’un qui cherche un village vivant à toute heure, sans voiture et sans préparation, c’est non. Je rentre de ce séjour avec une idée claire: moins de foule et moins de prix ne suffisent pas si les portes restent closes.

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