À Porto, trois jours sans plan m’ont appris à ralentir pour de bon

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À Porto, la calçada humide m’a accroché les semelles près de la Ribeira, et j’ai dû m’asseoir avant le pont Dom-Luís I. Je suis parti d’Angers le matin, avec le dos déjà raide et trois jours devant moi. Au fil des ans, j’avais laissé tout plan serré de côté. Les mollets ont commencé à brûler avant la Sé. Le bruit du Douro en bas et l’odeur de café m’ont fait lever le nez, et j’ai compris qu’une ville pouvait déjà tenir dans cette résistance-là.

Je suis arrivé à Porto sans idée précise, avec juste mes jambes et un budget serré

Je suis parti d’Angers avec un sac léger et une chambre modeste déjà réservée. J’étais seul, et j’avais juste envie de marcher sans rendre de comptes. Mon budget n’était pas large, alors je regardais les cafés avant les vitrines. Je gardais aussi mon carnet dans la poche avant, prêt à noter une rue ou une odeur. Cette sobriété m’a vite calmé.

La semaine précédente avait été dense. Je dormais mal, et je sentais encore la fatigue au réveil. Le soir, ma compagne m’a écrit, puis mes deux enfants adultes ont répondu chacun à leur rythme. Cette petite distance m’a fait du bien. J’avais besoin de ce vide-là, pas d’un grand départ.

Je voulais voir Porto en vrai, sans guide imprimé. J’avais surtout prévu de marcher tôt, de m’arrêter quand mes mollets tiraient, et de noter ce qui changeait au fil des pentes. Je pensais encore pouvoir faire la Ribeira, Gaia, São Bento, les ruelles hautes et un musée dans la même journée. La ville me paraissait simple sur la carte, puis elle s’est mise à grimper dès la sortie de la gare. Je me suis trompé très vite.

J’avais entendu parler des azulejos, des caves et des points de vue. J’avais aussi entendu parler des rues glissantes après la pluie. J’avais pris ça pour une exagération de voyageur. J’ai été frappé dès la première descente, parce que le moindre pavé humide changeait ma foulée. Je sentais déjà qu’elle me reprendrait plus de temps que prévu.

Le premier jour m’a appris à compter autrement mes pas

Le premier jour, j’ai voulu tout voir à pied. J’ai commencé par la Ribeira, puis São Bento, puis la montée vers la cathédrale. La calçada portuguesa était lustrée par une pluie fine, et mes baskets trop lisses ont glissé deux fois en descente. Je me suis retrouvé à marcher raide, le dos un peu penché vers l’avant. À chaque coin, un escalier me renvoyait plus haut.

Au bout de 40 minutes, mes mollets tiraient déjà. La pointe des pieds chauffait, comme si la chaussure me renvoyait chaque caillou. J’avais sous-estimé Porto, et je le sentais dans chaque arrêt au bord d’un mur. Cette première boucle m’a laissé sans envie de rajouter un détour. Le sol brillait par endroits, comme passé à l’huile.

Le deuxième jour, je voulais rejoindre Vila Nova de Gaia, traverser, remonter, puis revenir avant la nuit. J’ai hésité au milieu d’une côte qui paraissait plus courte sur la carte. Le souffle court, j’entendais les valises à roulettes claquer sur les pavés, et j’avais l’impression de monter dans un couloir sans fin. Je me suis assis sur un banc face au Douro, café à 1,20 € à la main. C’est là, avec les mollets en feu et le Douro devant moi, que Porto m’a révélé son secret du ralentissement.

J’ai été frappé par le bruit continu du centre. Entre les groupes, les roulettes et les voix contre les façades, je cherchais vite une rue vide. Je voulais optimiser, puis je ratais la pause devant moi. Le soir, mon podomètre affichait 15 000 pas, et je n’avais même pas gardé le musée. Les ruelles hautes m’aspiraient, puis me renvoyaient vers le fleuve.

Le troisième jour, je me suis laissé porter. J’ai gardé un seul secteur par demi-journée, puis une vraie pause café ou déjeuner. Un pastel de nata pris debout m’a suffi comme déjeuner léger. Le matin, j’ai suivi l’odeur du café, de la pâtisserie chaude et de l’air humide venu du fleuve. J’ai fini par comprendre que je retenais mieux les lieux quand je marchais moins.

Le banc face au Douro a coupé le bruit en deux

Le banc face au Douro avait le bois tiède. Le vent du fleuve me rafraîchissait les avant-bras. En face, la lumière de fin d’après-midi glissait sur les façades de Gaia. Les azulejos prenaient une teinte plus froide quand un nuage passait. Derrière moi, la ville grondait encore, mais je n’avais plus envie d’y répondre.

Je me suis senti plus tranquille que dans n’importe quelle visite du séjour. Le silence n’était pas total, mais il s’était élargi autour de moi. Il y avait un moteur au loin, une voix, puis le choc d’une roue sur un pavé. J’ai compris que la pause faisait partie de Porto, pas seulement du repos.

J’ai fini par apprendre à regarder avant de raconter. Là, j’ai cessé de remplir mes heures. J’ai gardé de longues stations dans des cafés modestes, et j’ai laissé passer un point de vue sans regret. La suite du séjour a gagné en netteté, parce que je ne cherchais plus à tout cocher.

En fin de journée, je traversais deux rues, pas davantage, puis je m’asseyais. Le bruit des valises à roulettes me servait de repère pour quitter les axes les plus chargés. Je levais la tête quand la pente cessait de tirer. Porto me donnait plus, et je la regardais moins vite.

Trois jours plus tard, je sais ce qui m’a manqué au départ

Je suis rentré à Angers avec une idée claire. Trois jours suffisent pour passer d’un élan nerveux à un rythme plus lent. À Porto, j’ai mieux vu quand je me suis autorisé des pauses improvisées. Les cases cochées m’ont laissé moins de traces que les bancs et les cafés.

Je ne referais pas l’erreur des baskets trop lisses. Je ne tenterais plus Ribeira, Gaia, São Bento et un musée dans la même demi-journée. Je garderais une marge avant le coucher du soleil, parce que le meilleur point de vue n’attend pas. Et je couperais les montées après le déjeuner.

À Porto, j’ai mieux tenu la distance en coupant les trajets en segments courts : un funiculaire pour une montée, un taxi sur un tronçon trop raide, puis une vraie pause assise. Je ne sais pas si un séjour plus court m’aurait laissé la même sensation. Trois jours, pour moi, ont été le bon seuil.

Si une douleur de pied ou de genou dure au retour, je ne joue pas les héros, et je vais voir un médecin. Pour le reste, Porto m’a laissé des mollets moins tendus et un carnet plus dense. Le pont Dom-Luís I, la Ribeira et le Douro ont gardé leur relief dans ma tête. Je suis rentré à Angers avec le sentiment d’avoir accepté Porto au bon tempo.

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