Sous-estimer un col de l’Atlas en hors-saison m’a coûté 120 € de bivouac

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Sous-estimer un col de l’Atlas en hors-saison m’a coûté 120 €, au Tizi n'Tichka, sur la route de Marrakech, quand une plaque humide a lissé la route à 16h. En bas, la vallée gardait encore une douceur trompeuse. Je suis parti avec ma compagne et mes deux enfants adultes, persuadé que le ciel clair suffirait.

Le jour où j’ai cru que la route était encore sûre alors qu’elle ne l’était pas

Nous avons quitté la vallée un peu tard, après un café pris dans un village sans nom sur la carte. La journée tenait encore bien, et le contraste m’a frappé dès les premiers lacets. En bas, les murs rendaient encore la chaleur du soleil. Plus haut, l’air changeait déjà de grain.

Mon travail de rédacteur du magazine Philia Asso et d’auteur de carnets de route m’a appris que le calme d’octobre peut endormir la vigilance. Ce soir-là, je suis parti avec cette idée simple, presque paresseuse, qu’un col sec reste sec. À 16h, j’étais sûr de moi. J’avais tort, et le silence autour de moi commençait déjà à le dire.

À l’ombre d’un virage, j’ai vu une petite plaque humide sur la chaussée. J’ai aussi croisé de la neige tassée sur le bas-côté, sale, mince, presque noire. Je l’ai prise pour un reste sans gravité. Le souffle froid au sommet du col m’a pourtant touché au visage comme une alerte.

J’ai été frappé par le silence soudain sur la route au coucher du soleil. Les rares voitures passaient lentement, et une poussière fine remontait entre les roues. Deux drapeaux battaient près d’un relais fermé. Je n’ai pas compris tout de suite que le vent se préparait à serrer plus fort.

La plaque de verglas invisible est arrivée d’un coup, à l’ombre d’un tournant. Le frein a mordu trop tard, puis la voiture a glissé juste assez pour me faire lâcher le volant une seconde. Je me suis retrouvé arrêté de travers, avec le cœur haut et les mains sèches. Continuer n’était plus une option.

Je n’avais pas vérifié l’état réel du col le jour même. J’avais seulement regardé le ciel du matin, et cela ne m’a servi à rien. Avec ma compagne et mes deux enfants adultes, j’ai senti la tension monter d’un cran. Le soleil baissait déjà, et la nuit gagnait les bords de la route. J’aurais dû contrôler 4 éléments avant de partir : l’heure, le vent, l’ombre et l’état du relais.

En tant que rédacteur du magazine Philia Asso et auteur de carnets de route, j’ai fini par comprendre que le calme d’un col hors-saison cache mal la chute du soir. La vallée restait douce, mais le passage ne gardait rien. J’ai cru gagner du temps, j’en ai perdu. Le froid avait déjà pris place avant moi.

La galère du bivouac forcé à 2 100 mètres, entre froid, fermeture et facture salée

Quand j’ai compris que je ne passerais pas, j’ai cherché un toit à la tombée du jour. Les gîtes avaient les volets baissés, et les auberges renvoyaient une lumière morte derrière des portes closes. Ma compagne n’a rien dit tout de suite. Mes deux enfants adultes regardaient déjà le bord de la route avec cette fatigue muette qui dit tout.

Je me suis arrêté devant un petit hébergement avec une porte encore ouverte, près d’un panneau peint à la main. La femme du comptoir m’a annoncé 120 € pour la nuit, sans repas, sans café du matin, et avec paiement immédiat. J’ai sorti la carte, puis elle a secoué la tête. Il ne restait que des billets, et je n’en avais pas assez pour discuter.

Je suis rentré dans la petite chambre avec une odeur de bois et de charbon qui montait du couloir. Le poêle tournait bas, mais dehors le vent tapait déjà la tôle. Quand je suis ressorti pour aller chercher la tente, j’ai été frappé par le froid sec, plus mordant que dans la vallée deux heures plus tôt. Le col ne gardait plus rien.

La tente a claqué derrière le muret, à chaque rafale. J’ai tendu les arceaux avec des doigts raides, pendant que la poussière courait encore par nappes courtes. La chambre semblait chaude à côté, mais la fenêtre laissait passer une lame d’air. Le contraste m’a paru brutal, presque vexant.

Au petit matin, la buée sur la toile intérieure s’était couverte de givre. Je l’ai touchée du bout des doigts, et la glace s’est effritée comme du sucre froid. C’était la première fois que je voyais ça monter si vite. À 2 100 mètres, la nuit avait gagné en quelques heures à peine.

Le pire, c’est que tout cela m’a laissé sans marge. J’avais prévu une halte simple, pas une note serrée dans l’ombre d’un col. J’ai payé sans beaucoup de mots, avec cette gêne qu’on a quand le prix paraît sec et la chambre vide. Le lendemain, cette somme me restait encore dans la gorge.

Ce que j’aurais dû vérifier avant de partir pour éviter ce piège classique

Le lendemain, j’ai revu la scène avec plus de netteté. La route m’avait déjà montré ses indices, mais je les avais laissés filer. Une petite plaque humide à l’ombre, la neige tassée sur le bord, le souffle froid au sommet, tout disait la même chose. Je n’ai pas voulu l’entendre.

Le départ trop tardif a fait le reste. Après le milieu d’après-midi, le col n’avait plus la même tête, et le soleil ne chauffait plus les versants. J’aurais dû sentir que la vallée gardait sa douceur trop longtemps pour être honnête. Plus haut, la température chutait d’un coup.

  • la neige sale tassée sur le bord de la route
  • les véhicules qui ralentissaient sans raison visible
  • les volets baissés et la cuisine déjà fermée
  • la poussière qui se levait et les drapeaux qui battaient

En tant que voyageur et auteur de carnets de route, j’ai fini par comprendre que mon œil ne suffisait pas dans ce décor. Je pouvais lire une vallée, pas toujours un col en fin de saison. Pour l’état exact du passage, j’aurais dû m’en remettre au gérant du dernier relais et à rien d’autre. Je ne l’ai pas fait, et je me suis retrouvé coincé avec un doute .

Le vent en hauteur a aussi brouillé ma lecture du terrain. Une poussière fine s’est levée à plusieurs reprises, et les drapeaux des rares maisons battaient déjà avant la nuit. J’ai vu ce signal, puis je l’ai rangé trop vite. C’est là que mon erreur a commencé à coûter plus cher que prévu.

La facture qui m’a fait mal et ce que je sais maintenant pour ne plus me faire avoir

Le matin, j’ai regardé la facture posée sur la table et le ticket froissé qui l’accompagnait. 120 € pour une nuit non prévue, sans repas et avec des moyens de paiement limités, c’était rude. Le budget du voyage s’est allégé d’un coup, pour un arrêt qui n’avait rien prévu de confortable. J’ai payé le prix d’un mauvais timing.

En sortant, j’ai trouvé la buée gelée sur la toile, et la lumière grise lui donnait un air de verre mat. Le givre m’a rappelé que la montagne changeait d’humeur bien avant la nuit complète. J’avais sous-estimé cette bascule, et pas d’un peu. Le col restait silencieux, même quand la vallée, plus bas, semblait encore douce.

Si j’avais su, j’aurais quitté la vallée plus tôt, avec une marge de 2 heures et une couche chaude à portée de main. J’aurais aussi appelé le relais du col avant d’attaquer les derniers lacets, puis vérifié 3 choses : l’heure du coucher du soleil, l’état du vent et l’ouverture des hébergements. J’aurais gardé des billets au fond de la poche, au lieu de découvrir trop tard que la carte ne servait à rien. Pour quelqu’un qui acceptait de partir avant le milieu d’après-midi, le Tizi n'Tichka restait une belle route ; moi, je ne l’ai pas fait.

Le silence du col, interrompu seulement par le claquement des portières au loin, m’a rappelé que la montagne ne pardonnait pas l’imprudence, même quand le ciel semblait propre. J’ai gardé cette nuit comme une note sèche, pas comme une victoire. J’aurais voulu savoir plus tôt qu’un ciel clair au Tizi n'Tichka pouvait me coûter 120 €, une route bloquée et une fatigue inutile.

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