Voyager en France comme un local, je l’ai compris devant l’ardoise du menu du midi posée sur le trottoir du Relais des Tilleuls, avec la craie encore humide et l’odeur du café. Je suis parti d’Angers pour un village de Bourgogne avec l’idée d’en voir beaucoup en peu de temps. Au bout de deux nuits, le décor m’a imposé autre chose. J’ai vite compris que ce rythme aide certains séjours, et qu’il en bloque d’autres.
Au début, j’ai couru après le temps et j’ai failli tout lâcher
Avec ma compagne et mes deux enfants adultes, je voulais caser le plus de choses possible dans quelques jours. J’avais un budget moyen et peu de marge, alors j’ai rempli les matinées, les repas et les trajets comme un planning serré. Je suis parti avec cette idée un peu bête qu’un bon séjour devait cocher beaucoup de cases. Au bout d’une journée, j’avais déjà l’impression de courir après l’heure.
L’erreur m’a sauté dessus au déjeuner. Nous sommes arrivés au restaurant à 15h30, la salle était encore pleine, mais le serveur m’a dit que la cuisine était déjà fermée. J’ai regardé les assiettes qui partaient vers les dernières tables et la porte de la cuisine en pause. Ce jour-là, à 15h30, la salle était encore pleine. Le serveur m’a dit que la cuisine était déjà fermée, et j’ai compris que je n’étais pas dans un restaurant pour touristes. J’étais dans un village où le temps avait un autre rythme.
Je me suis retrouvé avec mes deux enfants adultes à avaler des snacks tièdes, et la contrariété a gonflé d’un coup. Ce n’était pas grave, mais c’était inutile. J’ai été frappé par le contraste entre ma hâte et la tranquillité du lieu. Le lendemain, à 8h, j’ai poussé la porte d’une boulangerie encore fraîche. Les étagères de viennoiseries se vidaient vite, les habitués prenaient leur pain avant le travail, et j’ai été convaincu que mon horloge n’était pas la bonne.
La première habitude qui change tout, c’est de poser ses valises au même endroit plusieurs nuits
Quand j’ai posé mes sacs dans un gîte simple, à deux pas du marché, j’ai senti la cadence retomber. Je n’avais plus cette urgence de tout boucler avant la fin de la journée. Le salon sentait le bois ciré, la cour donnait sur deux volets verts, et la boulangerie était au bout de la rue. En restant trois nuits, je me suis senti moins visiteur et plus proche du décor.
Ce qui m’a changé la vie, c’est le TER. J’ai pris un train le matin, à une heure creuse, sur un quai presque vide. Il n’y avait que trois voyageurs et un vélo appuyé contre la rambarde. J’avais réservé trop tard une première fois, et j’avais raté une correspondance pour un simple aller-retour. Après ça, j’ai appris à bloquer mes trajets la veille. Je suis rentré avant 18h, sans bouchon ni stationnement à chercher.
Le revers, je l’ai vu avec le bus régional. La dernière ligne partait tôt, et une fois j’ai failli la manquer pour quelques minutes. Je me suis retrouvé à accélérer sur le trottoir avec un sac de courses à la main, et ce n’était pas glorieux. Là, j’ai compris que rester longtemps au même endroit aide, mais qu’je dois accepter des horaires nets. Pour quelqu’un qui veut improviser jusqu’au bout, ce mode-là coince vite.
La deuxième habitude, c’est de caler ses repas sur les horaires locaux, surtout le menu du midi
J’ai fini par regarder les repas comme un habitant, pas comme un passant. Entre 12h et 14h, le village mange. Après 14h, la cuisine ralentit, puis s’arrête. J’ai vu des serveurs ranger les couverts avant 14h, pendant que la salle restait encore ouverte. Ce décalage m’a sauté au visage un midi de marché, quand tout semblait vivant dehors et déjà clos derrière le comptoir.
Mon travail de rédacteur au magazine Philia Asso, voyageur et auteur de carnets de route, m’a appris à lire l’ardoise avant le décor. Le plat du jour y dit tout de suite si je vais manger juste ou pas. À Semur-en-Auxois, j’ai pris une assiette simple à 19 euros, avec une viande fondante, des légumes du coin et un dessert sans chichi. C’était moins tapageur qu’une adresse touristique, et bien meilleur. Depuis ce poste de rédacteur, je sais que le menu du midi donne plusieurs fois le meilleur rapport qualité-prix.
Le piège, je l’ai déjà pris deux fois. Arriver à 15h et découvrir la cuisine fermée, c’est presque écrit d’avance. J’ai aussi appris à me méfier du dimanche. Une fois, nous avons trouvé plusieurs boutiques closes, le centre presque vide, et j’ai dû improviser avec une petite épicerie et deux sandwichs. Depuis, je réserve le déjeuner quand je peux, ou je vise le menu du midi dès l’ouverture.
La troisième habitude, c’est de faire ses courses comme un local, en mode slow shopping
Le marché du matin m’a réappris les gestes simples. Entre 8h et 10h, les étals sont pleins, les voix montent, et les cageots sentent la terre et le fromage. J’ai commencé par la petite épicerie, puis la boulangerie, puis le marché. En avançant à ce rythme, le voyage a pris une forme plus concrète, presque domestique. Je savais ce que je mangeais, et surtout à quelle heure je devais passer.
Vers 11h30, le marché change de visage. Les meilleurs fruits sont déjà partis, les poissons ont pris leur dernier tour de glace, et certains étals se démontent petit à petit. J’ai vu des bâches repliées, des commerçants qui comptaient la caisse et des cageots presque vides. Ce n’est pas un détail. Une fois arrivé trop tard, j’ai trouvé moins de choix et des produits fatigués. J’ai compris qu’je devais entrer tôt, choisir vite, puis filer.
La limite, pour moi, c’est la cuisine en vacances. J’aime acheter un bon pain, un fromage, deux tomates et un fruit, mais je n’ai pas envie de faire la vaisselle tous les soirs. Quand mes deux enfants adultes ont partagé l’étape, j’ai vu que la logistique prend vite le dessus si personne ne veut vraiment s’en occuper. Alors j’allège. Je prends un dîner simple, je garde le marché pour le matin, et je coupe le reste avant que ça m’épuise.
Ce que ce voyage m’a appris sur moi et le voyage lent en france
Ce samedi matin pluvieux au marché de Semur-en-Auxois, alors que les étals se vidaient lentement et que les commerçants rangeaient leurs caisses, j’ai eu ce sentiment rare d’être non pas un visiteur, mais un habitant à part entière, un instant qui ne se commande pas. J’avais les chaussures un peu mouillées, un sac en toile sous le bras, et personne ne me regardait comme un étranger pressé. C’est là que le voyage lent m’a parlé le plus clairement.
J’ai aussi mesuré la fatigue en moins. Quand je reste deux ou trois nuits au même endroit, je dors mieux et je traîne moins la matinée. Je ne passe plus mon temps à refaire les sacs, à chercher une place ou à courir contre l’horloge. Je me suis surpris à rentrer plus calme, même après une journée avec beaucoup de marche. Ce rythme ne rend pas le séjour plus spectaculaire. Il le rend plus habitable.
La limite, je la garde en tête. Si je me laisse enfermer par mes habitudes, je perds la curiosité qui m’a amené là. Si je m’isole trop dans un gîte ou dans mes repères de marché, je vois moins le lieu. Alors je garde une seule règle souple : un matin tôt dehors, un repas pris à l’heure du coin, et une vraie marche sans but. C’est cette petite tension entre repos et découverte qui me convient.
Mon verdict : pour qui oui, pour qui non
Je le recommande à un couple sans enfant qui dispose de 500 à 800 euros pour trois nuits, à un voyageur solo qui aime marcher avant 10h, et à un duo d’amis qui accepte de dîner tôt après un menu à 19 euros. Je le trouve aussi adapté à ceux qui veulent sentir un village au lieu de le traverser. je dois aimer ralentir, guetter les horaires et laisser la journée respirer.
Je le déconseille à ceux qui veulent voir quatre sites dans la même journée, à une famille qui refuse de caler le déjeuner avant 14h, et à un conducteur qui cherche à se garer devant la porte sans tourner cinq minutes. Je le déconseille aussi à qui supporte mal les derniers bus tôt et les fermetures du dimanche. Là, le rythme local devient une contrainte, pas un plaisir.
Mon verdict : je choisis ce rythme à Semur-en-Auxois et dans des lieux comme le Relais des Tilleuls, parce qu’il m’a fait voyager moins vite et mieux regarder. Pour quelqu’un qui accepte de caler son repas avant 14h, de rester deux ou trois nuits au même endroit et de laisser le dernier TER décider du retour, c’est un vrai oui. Pour les autres, c’est non sans détour.



